Nous sommes un couple de français qui avons eu la chance d’être engagés pour la saison 1977-1978 au Théâtre de la Fenice dans le corps de ballet. Nous venions de terminer un contrat au théâtre des arts de Rouen en France avec le maître de ballet Juan Giuliano et c’est le professeur de l’Opéra de Paris d’Henri, Monsieur Daniel Franck, qui nous a informés de l’audition pour Venise.
Cela faisait une année que nous vivions ensemble, j’avais 21 ans et Henri 18 ans et ce contrat fut une sorte de voyage de noces d’une année pour nous !
Nous avons dansé sous les yeux du maître dans un pas de deux que j’avais moi-même chorégraphié pour un dernier spectacle à Rouen, et cela nous a porté chance puisqu’il nous a retenus. Après nous avons compris qu’il était très sensible à la recherche chorégraphique puisque lui-même a créé beaucoup de ballets.
Grâce à lui nous avons découvert le style russe, si dansant, dans ses cours,qui étaient très construits et qui nous faisaient faire d’incroyables progrès.
Tout était d’une précision technique et musicale remarquable. Devenus par la suite professeurs, nous avons toujours gardé en mémoire sa pédagogie et avons souvent fait part à nos élèves de son excellente transmission. Il était à la fois doux et intransigeant.
Quand nous répétions Giselle l’après-midi, pour les filles c’était tout l’art du corps de ballet qu’il nous transmettait ainsi que l’âme du ballet surtout pour le second acte des Willis. Dans le 1er acte je me souviens, qu’il m’avait choisie la première des ” contadine ” (paysannes, notes éditoriales) pour rentrer sur scène avec mon panier sous le bras et cela m’avait rendue très heureuse sur cette scène mythique.
Ce qui m’avait émerveillée en tant que danseuse c’était de l’avoir vu accompagner dans les coulisses, pour sa première de Giselle, Maria Grazia Garofoli à chacune de ses entrées sur scène, avec une attention et délicatesse toute particulière pour la rassurer au maximum, dans son trac d’artiste.
C’était un homme qui forçait l’admiration par son professionnalisme et son humanité.
Quand il est parti à Turin, nous ne voulions plus rester à Venise, car Venise sans lui n’était plus Venise.
Notre destin nous a amené à poursuivre en Allemagne, mais par ce ” Foyer ” nous sommes émus et touchés de pouvoir lui rendre hommage.

Joëlle Pédérencino, Henri Berestoff